Article Lettre de Charles Emond

La Caisse et la Palestine : pour un débat éclairé sur nos investissements

Notre organisation Montréal,
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Les préoccupations soulevées à l'égard de la crise humanitaire en Palestine et du rôle que peuvent y jouer les investisseurs institutionnels sont légitimes. C’est un sujet dont on discute avec nos équipes, avec toute la rigueur qui s’impose devant une situation que nous avons condamnée à plusieurs reprises. Mais certaines affirmations faites à propos de La Caisse dans la lettre de la CSN et de la FAE et d’autres organisations syndicales méritent d'être recadrées. Et la solution proposée, examinée plus sérieusement.

Pourquoi La Caisse, et pas les autres?

Alors que plusieurs gestionnaires de fonds publics détiennent les mêmes titres – parfois en proportions beaucoup plus importantes – et alors que La Caisse a posé des gestes concrets en interdisant tout nouvel investissement en Israël et dans le Territoire palestinien occupé, ce qu’elle est parmi les seuls investisseurs institutionnels au monde à avoir fait, il est frappant de voir que La Caisse est aussi fortement ciblée...

Notre exposition géographique à Israël est aujourd'hui à 0,04 % de notre portefeuille global, soit moins de 250 M$. Ce qu’il reste, ce sont des investissements détenus par une poignée de nos gestionnaires externes.

Conduisez-vous une Toyota?

Les signataires font état de 26,4 milliards investis dans 81 entreprises dites complices. Ce chiffre impressionne, mais il faut regarder ce qu'il inclut.

Les listes qui circulent et appellent au désinvestissement ne font aucune distinction entre un fabricant qui livre directement du matériel militaire à l'armée israélienne, une plateforme numérique dont les services sont utilisés par des centaines de gouvernements à travers le monde, et une entreprise automobile dont quelques modèles sont commercialisés en Israël. Ford, Toyota, Coca-Cola et Meta figurent sur ces mêmes listes. Si détenir des actions de ces entreprises fait de La Caisse une complice de génocide, alors est-ce que chaque Québécois qui conduit un F-150, une Corolla, boit un Coke ou utilise Facebook et Instagram y est aussi associé, à son  échelle?

Plus de 10 milliards de dollars du total cité concernent trois méga-capitalisations technologiques (Microsoft, Alphabet et Amazon), présentes dans pratiquement tous les portefeuilles institutionnels et de particuliers de la planète, et dont les services sont utilisés par des millions d'entreprises et d'individus, au Québec comme ailleurs.

Et finalement, pour les entreprises qui sont directement impliquées dans le secteur de la défense, comme la québécoise CAE, c’est là que les chaînes d’approvisionnement, profondément intégrées, deviennent un vrai casse-tête. Il est en effet extrêmement difficile de tracer une ligne entre les entreprises qui ont des politiques pourtant claires et l’utilisation finale de leurs produits par leurs clients.

Le désinvestissement : une réponse symbolique avec des conséquences réelles pour les Québécois

La Caisse détient des positions représentant une fraction infime de la capitalisation de ces grandes multinationales. Et il faut être réalistes : si nous vendions demain, l'effet sur la situation à Gaza serait nul, et ces actions de géants de l’industrie agroalimentaire ou technologique passeraient simplement dans d'autres mains.

Demander à La Caisse de se retirer de 81 multinationales mondiales, c'est par ailleurs lui demander de se désinvestir d'une part substantielle de l'économie mondiale – pour ces géants technologiques seulement, on parle de 15 à 25 % des rendements totaux du S&P 500, un indice boursier de référence – au détriment de la bonne gestion des fonds de retraite des Québécoises et Québécois.

Les précédents invoqués dans la lettre ne tiennent pas la comparaison. Par exemple, le retrait rapide des entreprises russes faisait suite à des sanctions imposées par le gouvernement canadien lui-même. Il visait des entreprises russes, et non pas les multinationales dont un très faible pourcentage des activités touche à un conflit.

Notre approche d’investissement durable est claire : là où nous sommes un actionnaire d’importance, nous agissons directement et nous continuerons en ce sens. En d’autres cas où notre influence est plus limitée, nous utilisons les leviers à notre disposition – dont le vote actionnarial – pour faire connaitre nos attentes et faire progresser les sociétés dans la bonne direction.

Ce que nous nous engageons à faire

Nous sommes ouverts à rencontrer les groupes signataires pour leur expliquer notre démarche, comme nous l'avons déjà fait avec d'autres organisations. Ces échanges nous ont d'ailleurs permis d'affiner certains de nos processus.

Nous ne prétendons pas avoir toutes les réponses dans un monde d'une complexité croissante. Le simple fait d’investir en défense – un secteur où La Caisse continuera d’être présente – exige du travail et des nuances. 

Mais nous sommes convaincus que nous pouvons continuer de jouer notre rôle de façon responsable, sans perdre de vue ni notre mandat envers les retraités du Québec, ni nos principes.


Charles Emond
Président et chef de la direction
La Caisse


Cette lettre d'opinion a également été publiée dans l'édition du 20 juin 2026 de La Presse

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