Entrevue avec François Angers

La société Laboratoires Oméga n’est sans doute pas la pharmaceutique dont on entend le plus parler au Québec. Et pour cause, puisque cette entreprise florissante, qui connaît une croissance constante depuis de nombreuses années, a toujours misé sur la qualité de ses produits et de son service à la clientèle pour établir sa notoriété, plutôt que sur la publicité. Cette réserve caractérise également son président et chef de la direction, François Angers. Il a néanmoins accepté de nous rencontrer et de se mettre à l’avant-scène dans le cadre de ce premier portrait d’entrepreneur.

Quelques mots sur les Laboratoires Oméga

Société établie à Montréal, Laboratoires Oméga fabrique une vaste gamme de solutions injectables et non injectables pour l’industrie pharmaceutique, soit des produits anti-allergiques, des solutions sclérosantes utilisées en phlébologie, des produits antiseptiques et des médicaments génériques injectables. La Société possède des laboratoires et des bureaux de vente à Montréal et à Vancouver, ainsi que des bureaux de vente à Toronto. Elle couvre l’ensemble du marché canadien et est présente dans une trentaine de pays.

www.omegalaboratory.com

M. Angers, comment en êtes-vous venu à diriger les Laboratoires Oméga?

Dans les années 1970, après des études en économie et en finance, j’ai réalisé quelques mandats pour un investisseur qui achetait, relevait et vendait des entreprises. L’un de ces mandats consistait à faire une évaluation des Laboratoires Oméga, tant du point de vue financier qu’au chapitre de sa gestion. Les résultats de cette analyse m’ont convaincu d’investir dans la société et d’en prendre le contrôle. Après quelques années, je suis devenu actionnaire et j’ai assumé la direction de l’entreprise.

Quels ont été les principaux défis auxquels vous avez dû faire face au fil des ans?

L’entreprise s’est retrouvée dans une situation difficile à quelques reprises, et j’ai recruté de nouveaux actionnaires pour nous sortir de l’impasse. Depuis quelques années, je suis associé à la Dre Kamilia Mekhail, qui dirige tout le côté scientifique de l’entreprise en tant que vice-présidente directrice, Affaires scientifiques, tandis que je m’occupe du développement des affaires. Mon plus grand défi a été de bâtir une équipe multidisciplinaire solide. Je crois qu’il est essentiel d’avoir des forces dans tous les aspects de la gestion d’une entreprise. Car s’il y a un maillon faible, il y aura nécessairement des répercussions partout.

Comment avez-vous réussi à vous tailler une place dans l’industrie pharmaceutique?

Nous avons toujours misé sur des créneaux très spécialisés, nécessitant une production à faible volume. Nous poursuivons notre progression en développant nos propres produits, en distribuant ceux d’entreprises étrangères absentes au Canada et en réalisant des acquisitions ciblées en complément de nos axes thérapeutiques.

Nous investissons également tous nos profits en recherche et développement pour concevoir et mettre en marché de nouveaux produits. Comme nous n’avons pas autant de ressources que les grandes sociétés pharmaceutiques, nous devons trouver des moyens créatifs pour réaliser les études cliniques, qui sont très coûteuses.

Par exemple, il y a quelques années, nous avons offert à l’Hôpital Royal Victoria et à l’Institut de cardiologie de Montréal de réaliser les essais cliniques de notre nitroglycérine injectable, moyennant des redevances pendant cinq ans si nous en venions à la commercialisation.

Comment envisagez-vous l’avenir des Laboratoires Oméga?

Je suis très fier de ce qu’est devenue Laboratoires Oméga. Nous sommes partis d’une entreprise d’une vingtaine d’employés et nous possédons maintenant 4 usines dans lesquelles travaillent environ 110 personnes. Au cours des trois ou quatre prochaines années, nous souhaitons doubler, voire tripler notre chiffre d’affaires. Nous aimerions aussi développer de nouveaux marchés à l’étranger et devenir le distributeur de certains produits fabriqués ailleurs. En outre, nous avons obtenu deux autorisations du gouvernement fédéral, l’une pour notre nouvelle usine d’oncologie où nous produisons actuellement des lots pilotes, l’autre pour notre nouveau laboratoire de contrôle de qualité.

Par ailleurs, nous avons une équipe solide et un partenaire financier externe sur qui nous pouvons compter, à savoir la Caisse de dépôt et placement du Québec. Depuis 6 ans, elle nous donne les moyens de concrétiser nos projets, comme la construction de notre nouvelle usine d’oncologie. La Caisse connaît d’ailleurs très bien notre secteur, un atout essentiel, puisque nous devons constamment développer de nouveaux produits, ce qui représente de nombreuses années entre le moment où nous commençons les recherches et celui de leur mise en marché. En somme, nos assises sont solides, et j'ai confiance que l’avenir se dessinera sous le signe de la croissance et du succès.

Sur une note plus personnelle, comment avez-vous réussi à concilier votre vie d’entrepreneur et votre vie familiale?

Le temps consacré à ma famille a toujours été crucial pour moi. Quand mes trois filles étaient jeunes, je rentrais à la maison à 17 heures pour passer du temps avec elles. Je travaillais ensuite quelques heures une fois qu’elles étaient au lit. Plus tard, je les ai également impliquées dans l’entreprise. Elles y ont travaillé pendant leurs vacances d’été. D’ailleurs, l’une d’elles se prépare à prendre ma relève depuis quelques années et devrait être en mesure de me succéder dans trois ou quatre ans.

Comment arrivez-vous à décrocher de votre travail?

Je dois dire que je suis très chanceux à cet égard, puisque dès que je ferme la porte de mon bureau, je n’y pense plus. J’ai une très grande facilité à décrocher. Cela dit, pour me détendre, j’ai longtemps joué au tennis et j’adore le golf. Mais j’ai surtout une grande passion pour les vins. En plus de les collectionner, je fais partie d’un groupe de dégustation et nous nous réunissons régulièrement chez moi. En fait, je dirais que c’est plus qu’une passion, c’est une véritable maladie dont je ne souhaite pas guérir! 

En terminant, y a-t-il des causes qui vous tiennent particulièrement à cœur?

Je suis très préoccupé par le cancer, qui a touché plusieurs de mes proches. Je travaille d’ailleurs en collaboration avec la Fondation de l’Hôpital général de Montréal pour créer une chaire de recherche sur le sarcome, un cancer dévastateur, mais très peu connu. Je suis un homme en santé et privilégié dans la vie, et je crois qu’il est de mon devoir de contribuer à la recherche dans ce domaine.

« Depuis 6 ans, la Caisse nous donne les moyens pour concrétiser nos projets. Nous investissons également tous nos profits en recherche et développement pour concevoir et mettre en marché de nouveaux produits. Comme nous n’avons pas autant de ressources que les grandes pharmaceutiques, nous devons trouver des moyens créatifs pour réaliser les études cliniques, qui sont très coûteuses. »