Créée en 1964 par la famille Lemaire, Cascades a réussi à se tailler une place de choix dans les domaines de la fabrication, de la transformation et de la commercialisation de produits d’emballage et de papiers tissu. La société se distingue par son approche écologique, qui fait sa marque depuis ses débuts. Elle se classe d’ailleurs aujourd’hui parmi les cinq plus importants acteurs dans le développement et la production de produits recyclés. Sa philosophie de gestion, axée sur le respect des gens, la délégation des responsabilités et le travail d’équipe, a également fait école. Nous avons rencontré Alain Lemaire, président et chef de la direction de Cascades, cadet des trois frères à l’origine du succès de ce fleuron de l’économie québécoise.
Quelques mots sur Cascades
Fondée en 1964, Cascades oeuvre dans les domaines de la fabrication, de la transformation et de la commercialisation de produits d’emballage et de papiers tissu composés principalement de fibres recyclées. Cascades emploie près de 11 000 femmes et hommes travaillant dans plus d’une centaine d’unités d’exploitation situées en Amérique du Nord et en Europe. Sa philosophie de gestion, son expérience de plus de 45 ans dans le recyclage, ses efforts soutenus en recherche et en développement sont autant de forces qui lui permettent de créer des produits novateurs pour ses clients.
Votre famille a eu une entreprise de recyclage avant de se lancer dans la fabrication de produits à base de fibre recyclée. D’où vient cet intérêt pour le développement durable ?
Mon père a perdu son emploi dans les années 1950 et comme il n’arrivait pas à se replacer, il a commencé à trier les déchets pour y récupérer le papier, le verre et le métal. Il y avait un certain marché pour cela à l’époque. En 1957, il a fondé une entreprise de récupération de rebuts ménagers et industriels, la Drummond Pulp & Fibre. Chez nous, le recyclage a toujours été une valeur familiale. Mon père disait : « Rien ne se perd, rien ne se crée, mais tout se transforme. » C’est un dicton qui nous a menés loin.
Cascades est née quelques années après.Comment l’entreprise a-t-elle été créée ?
En 1964, mon père a su qu’une usine de papier était sur le point de fermer à Kingsey Falls. Il a réussi à obtenir l’appui de la Caisse populaire en hypothéquant tout le patrimoine qu’il avait accumulé grâce à son entreprise. C’est de cette façon que ma famille a racheté l’usine. Mon frère Bernard en a relancé l’exploitation avec les travailleurs quelques mois plus tard. Puis, mes frères et moi nous sommes installés à Kingsey Falls, qui est devenue notre ville d’adoption. Cette première usine Cascades a commencé à faire des profits au cours de sa troisième année de production.
Avez-vous toujours su que vous alliez travailler dans l’entreprise familiale, et est-ce que cela a posé des défis particuliers ?
Je ne me suis jamais vraiment posé la question. Mes frères et moi avons participé dès notre plus jeune âge au projet familial. Mon père nous a donné le goût de relever des défis, et c’est avec lui que mes frères et moi avons appris à travailler ensemble. Comme j’étais très interpellé par la récupération du papier, je suis allé faire mon cours à l’Institut des pâtes et papiers de Trois-Rivières. J’ai ensuite rejoint mes frères à l’usine de Kingsey Falls en 1967. J’ai commencé du côté technique, au laboratoire, où nous faisions des recherches pour produire du papier de meilleure qualité.
Bien sûr, être le cadet des frères aurait pu représenter un défi. Bernard et Laurent n’avaient que trois ans de différence, tandis que moi, j’avais huit ans de moins que le plus jeune des deux. J’aurais pu être mis à l’écart. Mais ce n’est pas ce qui s’est produit. Il faut dire que nous avons des talents complémentaires. Chacun de nous a donc pu s’épanouir dans l’entreprise en exploitant ses forces et son plein potentiel.
Comment Cascades a-t-elle réussi à se tailler une place de choix dans son industrie ?
Il est clair que cela n’a pas été facile à nos débuts. Nous étions des marginaux parmi les papetières du Québec. Le papier fait à partir de fibre recyclée était considéré comme de piètre qualité. Toutefois, comme nous avons pris rapidement de l’expansion, entre autres en relançant avec succès des usines moribondes, nous nous sommes bâti une crédibilité. Nos compétiteurs ont commencé à nous prendre au sérieux et à s’intéresser à nos façons de faire, puisqu’on arrivait à rentabiliser des installations que d’autres étaient sur le point de fermer. Nous avons été reconnus comme des gestionnaires différents.
Quels sont, justement, les éléments distinctifs de Cascades ?
Je crois que nous pourrions regrouper ces éléments sous un grand thème qui teinte toutes nos façons de faire : le respect. Cela se décline au chapitre de l’environnement, un domaine dans lequel nous étions une référence bien avant que cela devienne « tendance ». Sans doute en raison de notre histoire familiale, la récupération et le recyclage sont intégrés à nos opérations depuis nos débuts, et nous avons constamment amélioré nos pratiques à cet égard. Aujourd’hui, non seulement 75 % de nos produits sont fabriqués à partir de matière recyclée, mais nous revalorisons aussi 64 % de nos déchets.
Nous avons aussi un grand respect de nos employés. Nous faisons appel à leur engagement et à leur responsabilisation. Nous favorisons, en quelque sorte, l’autogestion. En contrepartie, nous leur redistribuons 10 % des profits. Les gens savent donc que plus ils s’investissent dans le succès de Cascades, plus ils récolteront en retour. C’est notre façon de les remercier pour leurs efforts.
Vous avez toujours été très passionné par votre travail. Avez-vous un passe-temps qui vous permet de décrocher ?
Il y a quelques années, ma femme m’a demandé de construire un garage pour la maison, et j’ai décidé de le faire à l’ancienne. J’ai alors développé une véritable passion pour les antiquités. Je collectionne surtout les objets de métal. C’est un exutoire qui reste dans le thème de la récupération.
La famille est au coeur de votre vie. Est-ce par elle que passera la relève de Cascades ?
La pérennité de Cascades est cruciale pour nous. Nous avons fondé cette entreprise pour que son nom et ses activités nous survivent. Nous voulons que Cascades puisse continuer de fournir des emplois de qualité aux générations à venir. Notre priorité n’est pas que Cascades soit toujours gérée par la famille Lemaire. C’est qu’elle demeure une entreprise florissante. Pour ce faire, nous avons misé sur la décentralisation. Nos trois groupes sont gérés par des gens qui ont à coeur le succès de Cascades à long terme. Des « cascadeurs » qui ont le sang vert ! Récemment, nous avons créé un poste de chef de l’exploitation et nous y avons nommé l’un de nos gestionnaires de talent, qui sera un jour appelé à nous remplacer à la direction. Nous avons toujours su bien nous entourer et partager le pouvoir. Nous croyons que c’est la meilleure façon d’assurer l’avenir de Cascades.

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